Étudier la pollution plastique des océans : détails de la vie des scientifiques du Race for Water !

Ces deux dernières semaines, six scientifiques européens du projet Ephemare sont montés à bord du navire Race for Water afin d’étudier la pollution plastique des océans. Quels protocoles, dans quels buts et avec quelles techniques ? Explications de Bénédicte Morin, enseignant-chercheur de l’Université de Bordeaux.

 

Les scientifiques du projet d’étude Ephemare analysent les microplastiques des plages Guadeloupéennes.

Race for Water (R4W) : Qu’êtes-vous venus étudier dans les eaux Guadeloupéennes et en quoi cette démarche est-elle novatrice ?

Bénédicte Morin (BM) : Nous sommes venus étudier la quantité, le type et la toxicité de microplastiques présents dans différents milieux de l’écosystème. Ces milieux, appelés compartiments ou réservoirs, nous en avons testé quatre : le sable, le sédiment, l’eau et le biote (ndlr : ce dernier correspondant aux individus vivant dans le milieu marin). Lors de l’odyssée de 2015, nous avions étudié la pollution par les microplastiques provenant de plage du monde entier. Cette fois ci, nous nous sommes intéressés à avoir une vision d’ensemble de la contamination plastique à travers l’étude des différents compartiments, sur un même site de prélèvement.

 

A bord du navire les premières manipulations.

R4W : Comment procédez-vous pour prélever des microplastiques dans ces différents compartiments ?

BM : Sur les plages, nous réalisons des quadras, autrement dit nous délimitons une zone sur la plage, afin de quantifier puis de qualifier les microplastiques présents. Concernant la surface de l’eau, nous trainons des « filets » derrière le navire. En fonction de la taille des mailles du filet, nous récoltons des microplastiques ou du plancton, de très petits organismes à la base de la chaine alimentaire. Afin de tester les sédiments (ndlr : graviers, sable ou vase se trouvant au fond de l’eau), nous plongeons et récupérons un échantillon de ce sol à l’aide d’une benne Van Veen. Pour terminer, nous sommes allés acheter des poissons auprès de pêcheurs locaux puis les avons disséqués afin d’analyser la présence de microplastique dans le tube digestif. Nous avons également pu prélèver des organismes à proximité des plages échantillonnées tels que des oursins et des huitres.

 

Le sédiment marin aussi est étudié afin de comprendre l’impact de la pollution plastique.

R4W : Quelles sont les bilans de ces échantillonnages ?

BM : Pour l’instant, nous n’avons fait que l’étape de « récolte ». Tous nos prélèvements vont être envoyés dans nos universités, en Italie et en France. La caractérisation des microplastiques est une procédure qui se fait en laboratoire et qui prend un certain temps.

Mais nous avons choisi d’étudier deux sites en Guadeloupe : l’un sur l’île de Basse Terre coté est et l’autre sur l’île de Marie-Galante coté sud-est donc sujet à recevoir les microplastiques venant de l’Atlantique. Nous avons observé une quantité plus abondante de macro et microplastiques sur l’île coté est de Marie-Galante probablement liée aux déchets amenés par les courants de la gyre nord-atlantique avec notamment une grande quantité de fibres provenant des activités de pêche. Le site de Basse Terre, malgré sa localisation côté atlantique, est probablement plus protégé des déchets par l’île avoisinante de Grande Terre.

 

En mer, le navire traine un filet Manta afin de récolter les microplastiques en surface.

R4W : En conclusion, qu’avez-vous pensez de cette campagne en mer avec la Fondation Race for Water ?

BM : Très franchement je suis enchantée et suis certaine que mes collègues aussi. Le navire est incroyablement spacieux, nous pouvions y faire un travail de qualité et les équipes du bord sont très accueillantes. Et, bien entendu, c’est extraordinaire de pouvoir mener des études en mer en ayant aucun impact environnemental et ne faisant aucun bruit grâce à ce navire propulsé par des énergies propres.

Décharge sauvage et mangrove

 

« Mon expérience en Guadeloupe s’est faite en deux phases : avant et après cette expérience dans la mangrove… », raconte Serge Pittet, Directeur général de la Fondation. Alors que cela faisait plus d’une semaine que les équipes de Race for Water sillonnaient l’île afin de comprendre la problématique de la pollution plastique, les conclusions se voulaient plutôt positives : pas d’immenses amas de déchets sur les plages, quelques sacs poubelles abandonnés et à priori pas de décharges sauvages. Tous semblaient alors pousser un ténu « ouf  » de soulagement. « Vous n’êtes pas allés aux bons endroits », rétorque Julien, guide de pêche sur l’île. Depuis plusieurs années, le jeune homme emmène dans la mangrove ses clients amateurs de pêche au « no-kill », une technique visant à relâcher le poisson immédiatement après l’avoir pêché. Et d’ajouter : « Si vous le souhaitez,  je peux vous y emmener lundi matin à l’aurore afin que vous découvriez la réalité des choses ».

À 6h30 tapantes, Serge et Peter, média-man de la Fondation, embarquent à bord du petit bateau à fond plat de Julien. Naviguant tout d’abord en parallèle de la raffinerie de Point-à-Pitre, c’est dans un décors d’énormes réservoirs marqués « fioul lourd » et « résidus » qu’avancent lentement les explorateurs. Au loin ils distinguent une plage, couverte de macro-déchets. « L’air ambiant sentait l’hydrogène sulfureux (H2S), il aurait fallu pouvoir analyser l’eau et le sable mais aucun d’entre nous n’a souhaité se baigner afin d’atteindre la plage… », commente Serge. Pour Julien, cette odeur était due au pourrissement d’algues vertes résultant du récent passage du cyclone Maria.

Les équipes de Race for Water à la recherche de la décharge sauvage

 

S’enfonçant encore dans la mangrove, Julien les conduit ensuite sur un bras de la Rivière Salée, que les pêcheurs surnomment « rivière caca ». « Nous étions en train de longer la décharge de la Gabarre que nous devinions derrière un immense amas de terre pilée rouge ocre. », raconte Serge. Et de poursuivre : « De loin, l’eau semblait simplement un peu brunâtre. En se rapprochant, nous avons découvert une grande quantité de déchets plastiques de toutes sortes, des voitures abandonnées, des écrans TV pris dans la vase et même un animal crevé. C’était horrible et une odeur nauséabonde nous entouraient ». Pour la première fois en Guadeloupe, les équipes de la Fondation découvrent une décharge sauvage. Selon certaines sources, cette dernière existe depuis de longues années et, bien que le tri-sélectif soit maintenant obligatoire sur l’île, c’est peut-être par facilité que certains jettent encore leurs déchets à la rivière. « Il est clair qu’il faut continuer à sensibiliser les populations, leur expliquer la toxicité des déchets plastiques et les aider à agir », dit Peter. Une expérience loin d’être un cas unique mais qui se répète au fur et à mesure des îles visitées par la Fondation et dénotant de l’importance d’agir rapidement.

 

Une décharge sauvage dans un bras de la Rivière Salée

Une classe tout à fait spéciale

 

Alors que Luce commençait son discours à l’occasion de l’une des nombreuses visites scolaires à bord du navire, elle était loin de se douter qu’elle se trouvait en face d’élèves tout à fait spéciaux. « Cette classe s’est vue confier, par les Ministères de l’éducation nationale et de l’environnement, la gestion d’une aire marine protégée », explique fièrement Yanni Bardail, directrice de l’école. À tout juste 10 ans, ces enfants mènent des actions de préservation et de sensibilisation afin de protéger l’anse Loquet à St-François, au sud de l’île.

 

Des salles de cours ils partent sur le terrain afin de nettoyer la plage, travaillent avec des scientifiques, réalisent des transects de ramassage des déchets et informent la population locale sur le devoir de préserver faune et flore du littoral guadeloupéen.

 

LE PLASTIQUE COMME ENNEMI N°1

« Sur notre plage, il y a deux types de plastiques : ceux que les gens jettent et ceux qui viennent de la mer », explique un enfant. Conscients de l’importance de l’éducation, les élèves sensibilisent les riverains en menant des campagnes d’information, affichent des panneaux afin d’expliquer les cycles de vie des espèces endémiques et agissent au niveau politique : « L’an dernier, la mairie a souhaité installer une attraction touristique sur la plage. Les élèves ont alors écrit des lettres afin d’expliquer l’importance primordiale de ce site pour les tortues, étant l’un des rares sites de pontes. », dit la Directrice. Une action pleine de réussite pour ces jeunes enfants dont les fruits ont été de déplacer l’attraction vers un site moins sensible. « Nous formons des jeunes qui sont éco-responsables, des futurs scientifiques mais aussi les politiciens de demain. », dit Yanni Bardail. Et de conclure : « Pouvoir venir à  la rencontre du Race for Water montre aux enfants qu’ils ne sont pas seuls, que d’autres mènent des actions d’envergures et ils comprennent à quel point leurs actions ont du sens, même si ce ne sont encore que des enfants ».  Une classe que la Fondation Race for Water souhaite continuer de suivre, rendez-vous en janvier !

Mon École ma Baleine et le Réseau des Tortues Marines de Guadeloupe aux côtés de Race for Water afin de sensibiliser les enfants à la pollution plastique des océans.

L’état de la Guadeloupe

Pointe-à -Pitre, mercredi 20 septembre : 24h après que le cyclone Maria ait touché la Guadeloupe.

« Subir un cyclone, j’y suis préparée. Depuis que je suis née mes années sont rythmées par ces phénomènes saisonniers. Mais cette fois, ce n’est plus la même chose, ils sont plus forts et très réguliers. Nous sommes psychologiquement fatigués et nous savons que la saison n’est pas terminée ». Depuis le 10 septembre dernier, deux cyclones de catégorie maximale, Irma et Maria, se sont abattus sur l’arc Antillais, détruisant massivement St-Martin et la Dominique. Au comptoir de l’hôtel basé sur le port de Pointe-à -Pitre, la gérante poursuit son discours en nous annonçant qu’il n’y a ni eau courante, ni réseau wifi. Avec les équipes de terre de l’Odyssée, nous passerons cette première nuit à l’hôtel, le navire étant resté en mer afin de contourner le cyclone. La nuit tombée et les rues désertées, c’est déphasés que nous décidons d’aller nous coucher.

Pointe-à-Pitre, jeudi 21 septembre : entre les bourrasques du cyclone.

Levés à  l’aurore, nous partons en direction de la ville afin de constater les dégâts. Bien que les constructions semblent avoir été épargnées, le récent passage de Maria et sa violence sont visibles : arbres et feuillages encombrent routes et chaussées et bateaux échoués font partie intégrante de ce décor post-cyclonique. Sous un soleil de plomb couplé d’une pesante humidité, le sentiment est pourtant celui d’avoir eu une certaine chance vis-à-vis de l’ampleur du phénomène climatique.

Une bananeraie de Pointe-à-Pitre, vendredi 22 septembre

 

Avant même que le soleil ne soit au zénith, le navire Race for Water pointe le bout de son nez à  l’horizon sud de Pointe-à-Pitre. Préparés à le recevoir, Franck, Luce et Annabelle discutent avec le personnel de la marina afin de trouver un nouvel emplacement pour le navire, le vent violent ayant causé quelques dégâts dans le port. A nos côtés afin d’accueillir le Race for Water, Aurélie se dit heureuse de pouvoir à nouveau sortir de chez elle : « L’Etat nous avait demandé de rester dans nos maisons avec quelques vivres jusqu’à ce que l’alerte soit levée. » Relatant une nuit très impressionnante avec des bourrasques de vent à  plus de 200 km/h, sa maison n’a pas subi de dégât majeur. « Bien que nous soyons nerveusement fatigués et que nous n’ayons toujours pas d’eau ni d’électricité nous sommes conscients d’avoir eu beaucoup de chance. Cependant, la partie ouest de l’île, appelée Basse-Terre, a été beaucoup plus touchée et la route pour y aller est coupée. », explique la jeune femme. Et d’ajouter : « Tout cela fait écho aux visions que défend la Fondation Race for Water. Parler d’indépendance énergétique, de la valeur de l’eau et d’une nouvelle vision des déchets plastiques, ressource dont nous disposons, sont des thématique intrinsèquement liées à l’événement que nous venons de vivre. Aujourd’hui, heureusement que je dispose d’un collecteur de pluie ! Il ne me manque que les panneaux solaires… »

En début d’après-midi le navire est amarré et nous retrouvons les marins de l’Odyssée. Ayant négocié leur navigation afin de contourner le système météorologique, cette dernière a été plutôt bonne. A peine débarqués, une seule question semble préoccuper l’équipage, « Dans quel état est l’île ? »

Entre déchets végétaux et morceaux de plastique

 

Basse-Terre, samedi 23 septembre : la vie reprend son cours.

Afin de comprendre les dégâts causés par le passage d’un cyclone et d’étudier la pollution plastique dans une telle situation, nous partons à  l’aube direction Basse-Terre, la partie ouest de l’île. « Les embouchures des rivières et plages environnantes doivent être intéressantes à observer car les déchets y sont amassés lors de fortes précipitations », dit Peter Charaf, média-man de la Fondation. Empruntant une route traversant une dense forêt, nous découvrons un décor d’arbres et de palmiers déchiquetés.

Comme si le vent avait soufflé par bandes au sein de zones précises, des pans entiers de végétation ont pliés sous l’effet des bourrasques. Le long de la côte, blocs de roches, amas de cailloux et sable ont envahi les chaussées et empli les habitations riveraines. « Nos maisons sont bien construites et seulement dix toits se sont envolés », témoigne un habitant de Trois-Rivières. Les plages, couvertes de bois-flotté comportent quelques déchets plastiques mais la pollution, bien que présente, est relativement limitée. Assis balais à  la main devant sa cabane en bois, un jeune homme explique : « A Bouillante, des ONG et individus locaux sont déjà  venus ramasser les déchets. Nous sommes sensibles à la préservation des océans et à  la problématique des déchets plastiques ». Une bonne nouvelle pour la Fondation témoignant de l’impact d’un ramassage régulier. Quelques jours après un cyclone de catégorie maximale les paysages sont encore chamboulés mais la vie guadeloupéenne recommence. Une chance dont les habitants sont conscients mais que d’autres îles voisines n’ont hélas pas eue.

Les plage de Basse-Terre, samedi 23 septembre 2017

Quand on vous dit qu’il y a urgence…

 

Second capitaine en rotation avec Anne-Laure, je suis en ce moment à  Paris. Je devrais être au-dessus de l’Atlantique, vers la Guadeloupe. Le vol est bien sûr reporté le temps de laisser passer Maria et sa folie destructrice. Ce qui me laisse un temps de réflexion sur notre planète et notre mission.

Trois ouragans destructeurs : Harvey, Irma et désormais Maria, et la saison n’est pas finie… Cette année est particulièrement chargée en activité cyclonique sur la façade atlantique et une tempête se profile également côté pacifique vers le Mexique. Les cyclones en question ont encore réussi à  faire tomber des records en termes de forces de vents, de mer soulevée, de précipitations et corollaire évident, de dégâts infligés.

Et cette triste moisson de records est la même sur toute la planète, les phénomènes météorologiques dangereux augmentent en fréquence et en force de manière globale et inquiétante. Certains doutent encore sur le changement climatique, comment est-ce possible ?

Notre planète est si belle, il me semble tellement évident qu’il faut la protéger, qu’il faut agir… Evidemment que peut faire ma petite personne, un petit être humain, face à 3 cyclones, face au dérèglement climatique ?

Il est facile de se laisser submerger, dépasser. Mais ce n’est pas mon cas. Je veux me battre, je veux participer, je veux faire ma part. Je ne sais pas encore dans quel état la Guadeloupe sera à notre arrivée, mais je suis sûre que nous allons agir. Aider les locaux de tout notre possible si besoin et bien sûr présenter notre mission.

Diffuser notre message d’espoir, partager les solutions de transition énergétique que nous testons jours après jours sur le bateau, ces énergies renouvelables qui nous permettent d’avancer tranquillement mais sûrement, qui nous permettent de déplacer la formidable plate-forme d’accueil et d’échange qu’est le navire Race For Water.

Montrer que c’est possible, qu’il faut y croire, que des solutions existent, et bien sûr, mais est-ce nécessaire de le rappeler, qu’il y a urgence… J’espère que la Guadeloupe sera en état d’écouter notre message, et si ce n’est pas le cas, j’espère que ceux qui ne sont pas touchés par ces désastres climatiques le feront.

Annabelle

Nouvelle alerte cyclonique avec MARIA, arrivée décalée en Guadeloupe!

La période estivale dans l’arc antillais est souvent rythmée par un enchaînement de tempêtes tropicales. Si le phénomène est connu, il en reste pour autant impressionnant et cette année, particulièrement intense et inhabituel. Les spécialistes s’accordent à dire que la fréquence de ces événements météorologiques et leurs violences sont exceptionnelles.

Officiellement débutée le 1e juin, la saison cyclonique 2017 dans l’océan Atlantique nord devait s’étendre jusqu’au 30 novembre 2017 selon la définition de l’Organisation météorologique mondiale.

D’ici là, les différents centres de prévisions météorologiques continuent d’alerter sur la naissance de ces centres dépréssionnaires et de leur évolution.

C’est ainsi que ce dimanche 17 septembre, le Centre national des ouragans américain (NHC) a confirmé le renforcement de la tempête MARIA et son passage au stade d’ouragan

Ce nouveau cyclone devrait passer sur l’arc Antillais et plus particulièrement sur la Guadeloupe dès ce lundi soir. L’alerte Rouge a été déclenchée en Guadeloupe. Pascal Morizot et l’équipage du Race for Water ont donc pris la sage décision dès vendredi de faire une route très sud. Plus long et plus sécurisant, ce détour leur permet de contourner cette dépression tropicale qui va générer beaucoup de mer et des vents avoisinant 150-180 km/h sur son passage.

A bord, tout va bien à bord et vous pouvez suivre la route de Race for Water sur la carto accessible ici: http://tracker-odyssey.addviso.org/fr/

La nouvelle arrivée est prévue jeudi 21 septembre courant d’après-midi sur la marina du Fort à Pointe à Pitre.

Le cyclone Irma : les décisions prises pour la sécurité

Le 7 septembre le cyclone Irma touchait la République dominicaine. Une semaine avant cette date, alors que nous étions amarrés dans le port militaire de Saint Domingue, occupés par l’entretien du bateau et les vérifications d’usage, le point météo du jour nous fit prendre conscience de la formation d’un système météo potentiellement dangereux. Au vu des prévisions, nous abandonnèrent notre projet de navigation vers Samana, au nord de l’île. En effet, les fichiers montraient clairement un vortex en formation et dont la taille allait en croissant les jours à venir. Les jours suivants ne firent que confirmer l’approche du cyclone Irma. Nous observions sur les cartes météo les vents en fureur s’abattre sur les îles paradisiaques transformées en enfer pour les populations durement touchées.  La première conséquence dans le port de Saint Domingue fut le mouvement de toute la flotte militaire vers une zone plus abritée.

Fichier météo indiquant la force et la direction des vents du cyclone Irma

Nous nous retrouvons seuls sur ce long quai devenu désert. Nous avons étudié et vérifié les différentes options possibles mais toutes nous paraissaient inadaptées à notre bateau si particulier. En effet, les flotteurs du Race For Water sont du type « perce vagues » et très bas sur l’eau, le pont ne dépasse guère 70 cm au-dessus de la surface. Cette particularité ne nous permet pas de maintenir nos pare battages en position en cas de mer formée. Nous interdisant de positionner le bateau le long d’un quai mal protégé. Une des possibilités était de quitter le port et naviguer plein sud afin de nous éloigner d’Irma, mais cela ne nous a pas semblé nécessaire. 

RESTER ET ATTENDRE

Nous avons donc pris l’option de rester dans le port militaire. Nous avons positionné le navire au mouillage arrière à quai et à bonne distance de celui-ci, ainsi que Les amarres triplées. Les autorités du port étaient assez inquiètes par le fait que nous restions au port militaire. Les prévisions n étaient pourtant pas inquiétantes pour la côte sud de la République dominicaine où nous nous trouvions. La route d’Irma passerait par le nord de l’île. Il était annoncé 20 nœuds de secteur sud, nous aurons en réalité 35 nœuds établis. Lorsque le vent monte ainsi, bien au-delà des prévisions c’est un peu inquiétant. La météo n’est pas une science exacte. Une question se pose : jusqu’où cela va monter ? Nous décidons alors d’ajouter notre aussière de remorquage afin de renforcer l’amarrage. « Trop fort n’a jamais manqué » dira le marin. Peu de temps après Le vent faiblira et reviendra aux 20 nœuds de secteur sud prévu.

La traîne du cyclone est passée. A bord nous étions tous conscients d’avoir eu la chance d’être du bon côté de l’île. Le port « Sans Soucis » porte bien son nom….

 

Jean- Marc

Plastique: un vaste chantier en République Dominicaine!

15 jours après son arrivée en République Dominicaine, le navire Race for Water est toujours à quai du port militaire Sans-Souci de Saint Domingue et l’équipe en action auprès des jeunes générations, du grand-public et des institutions pour les sensibiliser à la lutte contre la pollution plastique.

Entre l’enthousiasme que rencontre notre odyssée et la réalité du terrain, l’équipage prend conscience du vaste chantier qu’il reste malheureusement à bâtir dans la gestion des déchets plastiques comme le montre la vidéo ci-dessous (©Peter Charaf/Race for Water).

Journal du Dimanche #3: Une machine pour sauver les océans ?

Ecologie : En mission avec l’équipage du bateau « Race for Water », le navigateur et alpiniste Eric Loizeau sensibilise l’opinion sur l’état des océans.

Carnet de bord : A Saint-Domingue : présentation d’un procédé pour brûler les plastiques

La mer caraïbe déroule ses flots grisâtres sous un ciel chagrin qui jaunit les vagues. La côte s’estompe vaguement à l’horizon dans une brumasse fadasse. La mer est vide à l’exception de deux humbles barques de pêche. Ni cargo, ni pétrolier, ni paquebot, notre AIS (carte en temps réel des navires) reste invisible et muet. Pourtant, parmi les longues trainées brunes d’algues sargasses gisent de plus en plus de détritus, bouteilles plastiques, morceaux blancs de polystyrène, signes évidents que la civilisation, même invisible, n’est pas loin et bien présente.

Dès notre arrivée à Saint-Domingue, tout juste sortis du grand large, nous allons reprendre notre rôle de témoins prêcheurs de la bonne parole écologique, invitant à bord les écoles, les politiques, les scientifiques. J’aime bien ces rencontres et je sens que mes camardes de l’équipage les apprécient aussi. Moments de partages de nos convictions profondes que nous renforçons sur les océans à bord de ce vaisseau où la lenteur absorbe le temps présent et devient propice à la réflexion.

 

Transformer le plastique pour l’utiliser comme carburant.

A terre, nous retrouvons Marco Simeoni, le président de la fondation Race for Water. C’est lui qui a lancé la première Odyssée pour la protection des océans en 2015 avec le trimaran MOD 70. Equipier sur ce bateau durant deux mois entre Valparaiso et Hawaii, j’avais pu constater moi-même les proportions de concentrations de microplastiques dans le sable des plages, les sédiments et bien sur l’eau de mer. Ainsi, les océans, qui représentent 70% de la biosphère de notre planète, sont contaminés à haute dose par une quantité de plastiques six fois plus importante que le plancton.

Partant de ce constat, la fondation décide depuis 2016 de tenter d’empêcher les déchets plastiques d’atteindre la mer et de trouver en amont des solutions de recyclage, car on sait qu’on ne supprimera pas complètement ce produit dans les décennies à venir, même s’il est possible et souhaitable d’en limiter la production. L’idée est venue à Marco en discutant à Valparaiso avec des collecteurs de rue rémunérés pour la récupération de cannettes en métal et de bouteilles en verre. « Ils ne ramassaient pas le plastique parce qu’il n’avait aucune valeur marchande », m’explique-t-il. Le transformer en énergie, gaz ou électricité permettrait de payer les collecteurs de rue et les inciter à ramasser les emballages plastiques en fin de vie.

La fondation s’est associée à un partenaire industriel spécialisé dans le recyclage de la biomasse par le traitement thermique : l’entreprise française Etia souhaite « développer des solutions industrielles et économiques répondant à la fois à la menace de pollution des océans par des flots de plastiques usagés mais aussi aux besoins énergétiques grandissants des îles et villes côtières directement impactées par ces pollutions », indique son directeur général, Olivier Lepez, avant de nous expliquer le fonctionnement de cette ingénieuse machine qu’ils ont mise au point et fonctionnera avant la fin de l’année.

Les plastiques, comme toutes les matières organiques, possèdent un fort potentiel énergétique. Le procédé breveté, nommé Biogreen®, permet par diverses réactions comme la pyrolyse, la torréfaction ou la gazéification, d’exploiter les pouvoirs calorifiques de matières comme la biomasse, le plastique ou encore des résidus de fuel. La réaction de pyrolyse est provoquée par chauffage à haute température et en absence d’oxygène, donc sans combustion. Au-delà d’une certaine température, la matière se décompose chimiquement et se transforme en d’autres produits : des gaz, des liquides ou des solides.

Mais, pour récupérer le pouvoir calorifique du plastique, principalement sous la forme d’un gaz, une simple réaction de pyrolyse n’est pas suffisante, il a donc fallu aller plus loin en réalisant une pyrolyse à très haute température et toujours sans oxygène. Ce traitement thermique (plus de 800°C), réalisé grâce à un équipement unique, la Spirajoule®, permet d’obtenir un gaz de synthèse appelé « syngaz » composé de méthane et d’hydrogène.

 

Des avantages sociaux et environnementaux

Ce syngaz est ensuite nettoyé grâce à différentes étapes de filtration, d’épuration et de condensation. L’objectif de cette étape cruciale est d’éliminer les poussières, les particules fines, les acides gras de type goudron, les gaz condensables ainsi que les molécules indésirables telles le chlore et autres polluants. Le gaz est donc purifié, rendu non toxique et peut-être utilisé comme carburant dans des moteurs ou turbines capables de produire de l’électricité.

Cette machine a beaucoup d’avantages. Elle est compacte, modulaire et mobile, il suffit de quelques semaines pour installer une unité qui peut traiter de 5 à 12 tonnes de plastiques usagés par jour. Plusieurs machines peuvent fonctionner en parallèle afin d’atteindre des capacités de traitement plus importantes. L’installation Biogreen® respecte les normes environnementales les plus strictes et est certifiée CE. Ces solutions techniques de petite et moyenne capacité favorisent une gestion de déchets et une production énergétique décentralisées. Ce modèle de gestion, déjà expérimenté dans certains pays nordiques, est reconnu pour son efficacité, ainsi que ses avantages sociaux et environnementaux.

Cette approche technologique innovante démontre que les déchets plastiques sauvages peuvent être une ressource additionnelle à la transition énergétique tout en générant des bénéfices socio-économiques et environnementaux, en particulier dans les pays défavorisés qui sont obligés de fabriquer leur électricité à partir du pétrole. C’est le cas de nombreuses iles tropicales telles que la République Dominicaine, ce qui explique notre passage à Saint-Domingue et nos rencontres avec les représentants du gouvernement.

Transformer en énergie plusieurs millions de tonnes de plastique sauvage chaque année favoriserait sans nul doute la protection de la santé humaine et la survie des espèces tout en procurant des revenus à de très nombreux collecteurs de rue. L’objectif stratégique de la fondation Race for Water serait que ce modèle soit appliqué à une échelle mondiale à l’horizon 2025.

Source: Le JDD